pour mon grand-père chéri

Ça fait longtemps que je réfléchis à poster cet hommage sur mon blog. Il y a bientôt deux ans que j’ai perdu mon grand-père et que je ne cesse de chercher les mots pour me rappeler de lui. C’est une histoire difficile alors je ne vous en voudrais pas si vous décidez de ne pas continuer à la lire, mais j’ai besoin de la raconter.

Voila donc quelques textes et poèmes que j’ai écris sur tous ces évènements qui m’ont bouleversée. Je sais qu’ils seront difficiles à comprendre sans le contexte, mais je ne pense pas avoir la force de raconter les odieux détails. J’espère que vous me pardonnerez et que certaines d’entre vous apprécieront cet article. Il y a quelques semaines, ma mère a retrouvé un de mes anciens articles dans les archives de mon grand-père. Je me suis dit que cet homme méritait bien sa place sur ce site. Bonne lecture.

Mon grand père a grandi dans les montagnes grecques. Après avoir survécu à l’invasion des Allemands, la famine et la mort de son père, il a passé sa vie à guider et protéger les autres, en travaillant jour et nuit pour nourrir sa famille et aider des centaines de femmes à accoucher. Il en a sauvé plus d’une, ma mère y compris. C’était un sacré personnage. Il accumulait partout des tableaux, documentaires, magazines, objets d’art, souvenirs qui nous restent aujourd’hui et que l’on est parvenu à sauver de l’appartement cambriolé qu’il appelait son « musée imaginaire ». Il est mort assassiné il y a deux étés. Les vautours responsables nous auront privé d’un moment que je chérissais plus que tout au monde: l’arrivée à Eleftherios Venizelos, l’aéroport d’Athènes, lorsqu’on l’on franchit ces portes automatiques et l’aperçoit, les yeux pleins de larmes et d’amour, dans lesquels on pouvait lire l’impatience de se retrouver enfin pour trois longues semaines.
Et quand je vois le visage de ses anciennes patientes s’illuminer lorsqu’elles entendent parler du docteur P., je me dis qu’on ne peut qu’essayer de marcher dans ses pas et continuer à se battre, sans rancoeur mais avec force, détermination et espoir.
Tu nous a appris à vivre, et pour toi nous avons et allons continuer à le faire, jusqu’à ce que l’on arrache notre dernier souffle. Dieu sait combien de fois il m’a tardé de te retrouver, mais depuis le jour où ils t’ont privé de continuer, depuis le jour où j’ai pris l’avion en sachant ne pas trouver de comfort dans tes bras à l’arrivée, depuis ce jour, plus jamais je n’ai sérieusement envisagé d’en finir.
Et plus que jamais je suis déterminée à affronter la noirceur de certains avec un sourire pareil au tien.

Numéro 1: Il(s) approche(nt)

ça commence par un coup de téléphone

il ouvre la porte

et laisse la lumière allumée dans la panique

d’autres coups suivront

combien je ne sais pas

je me le demanderais toujours

combien de frappes a t’il fallu

pour mettre 70 ans de vie et d’idéaux à terre

combien de frappes a t’il fallu

pour que quand je retrouve mon grand père

il ne ressemble plus à un homme

combien de frappes a t’il fallu

pour que je ne retrouve plus la chaleur de ses mains à l’aéroport

et que je sois glacée par la vue d’un corps inerte et violenté

encore un cercueil

je veux me jeter dessus

et hurler

parce que Dieu m’a trahit

ils piétinent les fleurs

et mon coeur avec

téléphérique

Numéro 2: Le coffre

Tapie dans le coffre de la voiture

Je regarde le ciel

Qui ne s’écroule pas sur moi

“Qu’est-ce qu’elle a, Ariane?”

“Elle a l’air complètement folle”

Il a raison, mon frère

Personne ne me le dit, parce que ça ne se dit pas

Mais mon frère ne sait pas ce qui se dit

Et ce qui ne se dit pas

“Ce pays m’a tout volé,” je crie

Cinq tableaux dans chaque main

Le regard qui court vers chaque coin de cette rue

Rue du cabinet

Rue de la fin

Je crie “plus vite, va plus vite, il a pris le numéro de notre plaque”

Je retiendrai mon souffle pendant des jours

A la rentrée, il faudra faire bonne impression

Raconter des histoires qui font rire les gens

Je déciderai de porter du blanc

Espérant cacher

Dans mes yeux le sang

bateau

Numéro 3: Billets et cris

La justice, quelle justice?

Il n’y a rien de juste

Quand il faut donner trois billets

Juste un peu moins rouge

Que le sang qui a coulé

Pour avoir le droit de dire au revoir

À un corps complètement nu

Battu

Il n’y a rien de juste

Ce gars là, il m’aurait tuée, moi

Et peut être les autres aussi

Ce gars là, il hurle

Je ne parle pas sa langue

Mais je n’ai pas besoin de connaître

Beaucoup de grammaire

Pour comprendre qu’il appelle d’autres gars

Pour faire le sale travail

Pour nous courir après

naxos

Numéro 4: Le lycée

On me regarde de haut en bas

Je suis la pétasse

Blindée de thune

Dépourvue d’emotions

Riche, moi?

Regarde moi dans les yeux quand je te parle

Connard

J’ai tout perdu

Parfois

Parfois j’ai honte

Parfois je tombe a genoux

Dans la rue

Deux ans après,

J’étouffe mes hurlements

Rendez le moi, rendez le moi

Tout est en feu autour de moi

Et je découvre que le pire, ce n’est pas de délirer

Mais de se rendre compte qu’on délire

Je veux vous donner l’argent

Et reprendre ma vie

Le peu d’innocence qu’il me restait

Rouler à deux cent à l’heure sur l’autoroute grecque

Le soleil brûlant ma peau

Les oliviers consolant mon âme

mariage

Numéro 5: Attente

Je n’ai pas dormi de la nuit

Ils savent tout sur nous

Alors j’ai fixé la serrure

J’ai attendu que la porte grince

En voiture

Je regarde de tous les côtés

On nous suit, je sais qu’on nous suit

Tourne, tourne bordel

Tourne, je te dis de tourner

L’appartement a été cambriolé

Après tout, ce n’est qu’un autre souvenir de plus

Qui a été violé

Marcher sur ses papiers, c’est comme marcher sur lui

Il y a du verre

Ils ont sauté par la fenêtre

Mais ils n’ont pas encore tout pris

Ils me regardent

Je dois encore avoir l’air folle

Mais je décroche chaque tableau

Ils ne lui prendront pas ça

Si ça se trouve, ce dessin l’a rendu heureux

Si on peut une arracher une vie

Comme ça

On peut porter tout un appartement

Dans ses bras

Comme ça

Elle me serre dans ses bras

Quand est ce que tu te sens en sécurité?

Jamais.

Je ne ferme pas les yeux

Et je fais attention a tout

C’est peut être pour ca que j’entends

Quand vous croyez chuchoter

Vos saloperies résonnent dans ma tête

Je vous vois, je vous entends

Et quand vous ne vous écartez pas

Je vous rentre dedans

Consciencieusement

Parce que je reste la plus intègre

On m’a pris mon grand père on m’a pris mon grand père on m’a pris mon grand père

J’ai le droit

J’ai le droit de hurler

J’ai le droit de partir à des milliers de kilomètres

Et j’ai aussi le droit de rester silencieuse

Je ne vous dois rien

Lâche moi, bordel

Lâche moi avec tes questions

Je pars avec la bouteille et le fric qu’il me reste

Le froid gèle mon visage

Je me suis barrée

Et je cours les rues

Paris la nuit

Assomée par mon deuil et ma haine

Elle m’embrasse

D’apres elle, je suis en sécurité maintenant.

Je ne trouve pas la force de la contredire

Je l’ai attendue si longtemps

Cette fille-là

Mais c’est son anniversaire.

Mon grand-père, c’est son anniversaire

Évidemment, il n’y a plus de bougies

Alors je m’aveugle en fixant le projecteur

Il est 4 heures du matin et je resterai dans ses bras encore un peu

pour mon grand-père, et pour nous tous aussi. pour pleurer et avancer.

“πάμε”

à celui qui a cru en moi et qui a sauvé tant de vies. J’aurais voulu qu’ils épargnent la tienne. Μου λείπεις. Kαλό ταξίδι

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Comments

  1. April 25, 2019 / 8:49 am

    tu l’as fais revivre ton παπου ici et dans le coeur de chaqun de nous qui l’ont connu et qui l’ont aime. on retrouve de son grand coeur et de son grand esprit chez vous ses petits enfants. merci Ariane!

    • Happiness Shipper ♡
      April 29, 2019 / 4:57 pm

      Merci à toi d’avoir lu ces poèmes, et merci pour ce beau compliment. C’est un privilège d’essayer de transmettre tout ce qu’il nous a donné. À bientôt

  2. Audrey
    April 29, 2019 / 2:03 pm

    Bonjour :) Je n’ai pas la chance de vous connaitre et je dois vous avouer que je ne sais comment je me suis retrouvée devant cet article de votre blog, mais il m’a bouleversée. Je ne lis pas souvent de blogs, ni d’articles personnels mais quelque chose m’a poussée à lire celui-ci. Je partage votre peine et même si, bien entendu, je ne connais en rien le contexte, vous avez rendu un très poignant hommage à cet homme qui semblait extraordinaire. Bon courage à vous pour surmonter ce qui semble avoir été une atrocité tant dans la perte que dans le contexte environnant cette perte. (Audrey)

    • April 29, 2019 / 4:54 pm

      Bonjour Audrey,
      Un énorme merci pour votre commentaire qui m’a beaucoup touchée. C’est incroyable de savoir que mes mots vous ont émue et encore plus de recevoir un commentaire comme celui ci.
      Ariane

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